Publicité sponsorisée par le député d'Alfred-Pellan Angelo Iacono
Publicité sponsorisée par le député de Sainte-Rose Christopher Skeete, la députée de Vimont Valérie Schmaltz, la députée de Laval-des-Rapides Céline Haytayan, et la députée de Fabre Alice Abou-Khalil.
ActualitésOpinionsSociété

Patrice Machabee: Et si le problème du communautaire n’était pas seulement le manque d’argent

Patrice Machabee directeur général de ALPABEM et du CAFGRAF
Source Gracieuseté

Ça fait maintenant 20 ans que j’observe le milieu communautaire québécois répéter les mêmes constats : sous-financement chronique, conditions de travail difficiles, explosion des besoins. D’ailleurs, je vous invite à relire cette lettre ouverte que je publiais en 2014 (lire l’article).

Ces réalités sont bien réelles et, pour moi, il ne fait aucun doute : le gouvernement doit investir davantage dans le communautaire. Je suis solidaire avec le mouvement « Communautaire à boutte » sur le plan idéologique, mais pas sur sa stratégie. Pourquoi ? Parce que je suis profondément attaché à ma région, Laval. Et tant que le Québec ne sera pas capable de reconnaître les iniquités que nous vivons, il m’est difficile d’adhérer pleinement à une solidarité nationale… surtout après 20 ans.

Car une question mérite d’être posée, même si elle dérange : et si le problème n’était pas seulement le manque d’argent, mais aussi la façon dont il est réparti et structuré ?

Le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) constitue le principal levier de financement à la mission des OBNL au Québec. Or, dans sa forme actuelle, il repose en grande partie sur des bases historiques qui contribuent à figer des écarts importants entre les régions. Laval fait partie des grandes perdantes.

À Laval, par exemple, certaines organisations reçoivent significativement moins de financement que des organismes comparables ailleurs au Québec, pour des missions similaires et des populations équivalentes. Un exemple concret : l’ALPABEM, qui soutient les proches de personnes vivant avec un trouble de santé mentale, reçoit environ 1,04 $ par citoyen, comparativement à 2,60 $ dans la région de Chaudière-Appalaches.

Comment expliquer un tel écart ? Est-ce que les besoins des Lavallois sont moins importants ? Évidemment non ! Pourtant, les ressources ne suivent pas.

Ce n’est pas qu’une impression de terrain : plusieurs analyses régionales ont documenté ces écarts, avec des manques à gagner importants pour notre territoire.

Dans ce contexte, réclamer une augmentation globale du financement, sans revoir les mécanismes de répartition, comporte un risque bien réel : celui de reproduire, voire d’accentuer, les iniquités existantes. Autrement dit, on ajoute des ressources… sans corriger les déséquilibres.

Par ailleurs, il faut aussi avoir le courage de réfléchir à notre propre organisation collective. Le communautaire québécois est riche de sa diversité, et cette pluralité doit être protégée. Mais dans certains cas, la multiplication des structures, combinée à la rareté des ressources, fragilise notre capacité à agir efficacement.

Il ne s’agit pas de réduire les services, ni de remettre en question les missions essentielles. Il s’agit plutôt de se poser une question simple : comment maximiser notre impact collectif avec les ressources disponibles ? La mutualisation de certaines fonctions, le renforcement des collaborations ou, dans certains cas, le regroupement d’organisations peuvent devenir des leviers de pérennité. À Laval, l’ALPABEM et le CAFGRAF ont fait ce choix, de façon autonome.

Certains verront dans cette réflexion une remise en question du modèle communautaire. Ce n’est pas le cas. Le communautaire joue un rôle fondamental dans notre société et doit être soutenu. Mais reconnaître sa valeur ne doit pas nous empêcher d’envisager son évolution.

Le véritable enjeu n’est pas de choisir entre plus de financement ou une transformation des pratiques. C’est de faire les deux, simultanément.

Si nous voulons éviter de tenir exactement les mêmes discours dans dix ans, il est temps d’ouvrir une conversation plus large, plus nuancée et plus courageuse sur l’avenir du communautaire québécois.

author avatar
Opinion des lecteurs
Publicité sponsorisée par la conseillère municipale de Saint-François et David De Cotis, conseiller municipal de Saint-Bruno
Afficher plus