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Société

L’itinérance galopante à Laval : une hausse de 60% sur trois ans

Glass door with white sign reading 'Bienvenue Café de rue Laval Refuge' and a wooden frame outside.
Source Refuge de Laval

Le visage de l’itinérance change au Québec et la ville de Laval n’échappe plus à cette réalité grandissante. Selon les résultats préliminaires d’une opération de dénombrement de l’itinérance  visible présentés par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, le nombre de  personnes vivant dans la rue à Laval a augmenté de près de 60 % en seulement trois ans. Cette hausse marquée témoigne d’une crise sociale et résidentielle de plus en plus préoccupante à travers  le Grand Montréal. 

À l’échelle provinciale, 13 régions du Québec ont connu une augmentation du nombre de  personnes en situation d’itinérance visible entre 2022 et 2025. Laval figure parmi les cinq régions  les plus touchées, aux côtés de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Côte-Nord, des Laurentides et du  Saguenay–Lac-Saint-Jean, toutes ayant enregistré des hausses de plus de 50 %. 

Une réalité bien cachée  

Face à ce constat, plusieurs intervenants rappellent que ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la  réalité. En effet, le dénombrement porte uniquement sur l’itinérance visible, c’est-à-dire les  personnes vivant dans la rue ou fréquentant les refuges au moment de l’enquête. Une grande  proportion de l’itinérance demeure bien cachée, soit les individus qui dorment temporairement  chez des proches, dans leur voiture ou dans des logements précaires sans apparaître dans les  statistiques officielles. Cela tend donc à sous-estimer l’ampleur plus brutale de l’itinérance à Laval.  

Pendant ce temps, à Montréal, la hausse observée est moins importante, atteignant environ 6,7 %.  La métropole demeure toutefois confrontée à des enjeux majeurs. Les données montrent  notamment une forte représentation des femmes et des personnes autochtones parmi les 

populations itinérantes. À travers le Canada, près de la moitié des personnes en situation  d’itinérance seraient de jeunes adultes. Chez ces derniers, plusieurs facteurs de vulnérabilité  reviennent fréquemment tel qu’un passage à la DPJ, des conflits familiaux, des problèmes de santé  mentale, les enjeux de consommation ou encore des difficultés liées à la diversité de genre. 

Les organismes communautaires constatent également une hausse importante des personnes issues  de l’immigration qui se retrouvent sans logement stable. Les délais pour accéder à un logement, le  coût élevé des loyers et la précarité économique contribuent à fragiliser de nombreuses familles  nouvellement arrivées. 

Un enjeu de logement  

Cette augmentation de l’itinérance à Laval met en lumière les conséquences directes de la crise du  logement qui dépasse désormais largement les frontières de Montréal. Face à cette situation, la  Ville de Laval a confirmé le 30 mars 2026 son appui au Groupe Angus pour la réalisation d’un  important projet de logements abordables. Celui-ci permettra la construction de 1 013 logements  abordables dans la région. Selon Caroline Proulx, ministre responsable de l’Habitation et ministre  responsable de la Condition féminine, l’ajout d’un quatrième projet à cette entente porterait à plus  de 2 000 le nombre de logements abordables qui seront construits à Laval. Ces projets représentent  une avancée importante, mais plusieurs intervenants estiment qu’ils ne suffiront pas à répondre à  l’urgence actuelle. 

Surcharge des ressources d’hébergement à Laval 

Le manque de ressources d’hébergement demeure particulièrement préoccupant. À Laval, le Réseau des organismes d’itinérances de Laval (ROIL) est le seul refuge destiné aux personnes en  situation d’itinérance. Déjà surchargé, l’organisme doit régulièrement refuser des personnes faute  de place, illustrant concrètement l’ampleur de la crise sur le terrain. Pour Caroline Nantel, coordonnatrice du ROIL, les investissements gouvernementaux actuels restent insuffisants. Selon  elle, les 2,5 millions de dollars accordés par Québec et les 4 millions provenant d’Ottawa pour  lutter contre l’itinérance à Laval ne permettent pas de répondre pleinement aux besoins. Elle 

souligne notamment le manque de financement pour les espaces communautaires et les ressources  spécialisées intégrées aux projets de logement social. Elle explique notamment que le financement est suffisant pour le logement social, mais insuffisant pour des espaces communs ou pour des  ressources spécialisées sur place.  

Au-delà des chiffres, cette hausse de l’itinérance rappelle qu’un nombre croissant de personnes  vivent dans une grande précarité. La situation à Laval illustre une transformation profonde de la  crise du logement au Québec où l’accès à un logement stable devient de plus en plus difficile pour  les populations vulnérables. Plusieurs organismes demandent désormais des mesures plus  structurantes alliant logements abordables, soutien psychosocial et un financement durable des  ressources communautaires afin d’éviter que cette crise ne continue de s’aggraver dans les  prochaines années. 

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Louisa Akkouche
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