Débat de Culture Laval : trois candidats débattent du financement et de l’accès
Débat de Culture Laval
Source AGM MCL
À dix jours du scrutin provincial, la culture lavalloise s’est invitée dans la campagne électorale. Trois candidats du Parti libéral du Québec, du Parti québécois et de Québec solidaire se sont réunis le 25 septembre dans les studios de TVRL pour débattre du financement de la culture à Laval, de sa régionalisation et de son accessibilité.
Organisé par Culture Laval et animé par Cedrick Remy, le débat réunissait Caroline De Guire, candidate du PLQ dans Laval-des-Rapides, Sabrina Di Matteo, candidate de Québec solidaire dans la même circonscription, ainsi que Mathieu Trottier-Kavanagh, candidat du Parti québécois dans Mille-Îles. Les candidatures et affiliations des trois participants sont également confirmées par leurs formations respectives.
Les cinq principales formations politiques avaient été invitées par Culture Laval. La Coalition avenir Québec et le Parti conservateur du Québec n’étaient pas représentés lors du débat. L’événement était présenté en collaboration avec Média Laval et TVRL.
Au cœur des échanges, une question est revenue à plusieurs reprises : comment réduire l’écart entre les investissements culturels reçus par Laval et ceux observés ailleurs au Québec?
44 $ par habitant contre 184 $ au Québec
Culture Laval a rapidement placé la question du financement au centre du débat.
Selon une étude de Raymond Chabot Grant Thornton réalisée en 2025 et citée par l’organisme, 44 $ par habitant sont investis en culture à Laval, comparativement à une moyenne québécoise de 184 $. Culture Laval présente Laval comme l’une des régions recevant le moins de dépenses publiques en culture par habitant.
L’étude estime également que le secteur culturel lavallois génère 189,2 millions de dollars en valeur ajoutée au PIB, soutient environ 2 080 emplois et procure 47,1 millions de dollars en revenus aux gouvernements. Selon cette même analyse, chaque dollar public investi générerait environ 12,10 $ de valeur ajoutée et 2,20 $ en revenus gouvernementaux.
Les trois candidats ont reconnu pendant le débat qu’un écart de financement existe à Laval, mais leurs réponses ont différé lorsqu’ils ont été appelés à préciser les moyens de le réduire.
Le PLQ promet de maintenir les budgets
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Caroline De Guire a présenté la culture à la fois comme un élément d’identité, de langue et d’appartenance, mais également comme un secteur économique.
L’ancienne dirigeante de la Chambre de commerce et d’industrie de Laval a notamment mis de l’avant la volonté du Parti libéral de maintenir les budgets consacrés à la culture.
Elle a également évoqué les engagements libéraux concernant la lecture chez les jeunes, la protection des sorties culturelles scolaires, la découvrabilité des contenus francophones sur les plateformes numériques et l’amélioration des conditions socio-économiques des artistes. Plusieurs de ces engagements apparaissent dans la plateforme nationale du PLQ.
« Le financement public va demeurer essentiel, mais ça ne sera pas le seul », a-t-elle expliqué lors du débat, en évoquant notamment la possibilité de mobiliser davantage de partenaires et de développer la philanthropie culturelle.
Questionnée directement sur la possibilité de faire passer Laval de 44 $ à 184 $ par habitant au cours d’un premier mandat, Mme De Guire n’a pas pris cet engagement.
Elle a plutôt rappelé l’engagement de son parti de maintenir les budgets culturels et a fait valoir que la situation des finances publiques devrait également être prise en considération.
Elle a toutefois affirmé vouloir porter les demandes de Laval à l’Assemblée nationale si elle est élue.
Québec solidaire propose d’augmenter le financement de la création
Source AGM MCL
Sabrina Di Matteo a pour sa part présenté la culture autour de trois dimensions : la francisation, la diversité et la valorisation de la culture québécoise.
La candidate de Québec solidaire a soutenu que le niveau de financement observé à Laval ne correspond pas au poids démographique de la ville.
Elle a notamment mis de l’avant la proposition nationale de Québec solidaire d’augmenter de 380 millions de dollars par année le soutien à la création offert par le Conseil des arts et des lettres du Québec et la Société de développement des entreprises culturelles. Le parti propose également un projet pilote de filet social pour les artistes doté d’une enveloppe de 130 millions de dollars.
Mme Di Matteo a aussi parlé d’un « passe culture » de 75 $ destiné aux jeunes de 12 à 18 ans afin de favoriser leur accès à différentes formes d’art et de culture québécoise.
Elle s’est montrée favorable à un rattrapage du financement culturel lavallois, mais n’a pas engagé son parti à atteindre précisément la moyenne de 184 $ par habitant au cours d’un premier mandat.
Elle a plutôt évoqué une démarche à établir avec les municipalités et les acteurs culturels afin de déterminer une trajectoire de financement.
Le PQ mise notamment sur les jeunes et les sorties culturelles
Source AGM MCL
Mathieu Trottier-Kavanagh a de son côté insisté sur son parcours de plus de 20 ans dans le secteur culturel.
Le candidat péquiste a affirmé vouloir faire du financement de la culture lavalloise une priorité personnelle s’il est élu dans Mille-Îles.
« Je m’engage personnellement […] à être la voix de la culture lavalloise », a-t-il déclaré lorsqu’il a été interrogé sur le rattrapage demandé par Culture Laval.
Le Parti québécois propose notamment une formule « 2 pour 1 » permettant aux personnes de 25 ans et moins d’obtenir un deuxième billet gratuit après l’achat d’un billet dans une institution culturelle.
La formation s’engage également à rétablir la gratuité universelle des musées le premier dimanche du mois, à investir 8 millions de dollars par année dans l’achat de livres pour les élèves et à rétablir la mesure des sorties culturelles à l’école. Elle propose aussi de porter les crédits du CALQ à 200 millions de dollars pour les cinq prochaines années.
Pendant le débat, M. Trottier-Kavanagh s’est montré favorable à un important rattrapage pour Laval et a qualifié cet objectif de « non négociable » à titre personnel. Il n’a toutefois pas présenté un engagement officiel de son parti garantissant l’atteinte précise de 184 $ par habitant au cours du prochain mandat.
Aucun engagement commun pour atteindre les 184 $
L’animateur est revenu à plusieurs reprises sur l’objectif central de la plateforme de Culture Laval : faire progressivement passer les dépenses publiques en culture à Laval au niveau de la moyenne québécoise pendant le prochain mandat.
Malgré la reconnaissance de l’écart par les trois participants, aucun des candidats n’a présenté un engagement chiffré de son parti garantissant que Laval atteindrait précisément 184 $ par habitant d’ici la fin d’un premier mandat.
Le PLQ a plutôt mis de l’avant le maintien des budgets actuels et différentes mesures sectorielles.
Québec solidaire propose des augmentations importantes des enveloppes nationales destinées à la création et s’est dit ouvert à travailler avec Laval sur une trajectoire de rattrapage.
Le candidat du PQ a pour sa part pris un engagement personnel à défendre le dossier lavallois, en plus de présenter les mesures nationales de son parti en matière de culture.
Régionaliser davantage les investissements
La répartition territoriale des sommes provenant notamment du CALQ, de la SODEC et des sociétés d’État a constitué un autre thème du débat.
Culture Laval souhaite que les mécanismes de financement tiennent davantage compte des réalités régionales afin que les sommes consacrées à la culture ne soient pas concentrées dans les grands centres.
Les trois candidats se sont montrés ouverts, à différents degrés, à une approche davantage régionalisée.
Caroline De Guire a affirmé qu’il fallait examiner à la fois le montant total investi et l’endroit où les sommes sont distribuées.
« Notre proximité à Montréal ne doit pas être un enjeu négatif », a-t-elle notamment soutenu, estimant que Laval doit pouvoir développer sa propre identité culturelle.
Sabrina Di Matteo s’est montrée favorable à l’utilisation de cibles régionales permettant de comparer les investissements et de suivre leur évolution.
Mathieu Trottier-Kavanagh a également défendu une révision de la répartition des ressources afin de tenir davantage compte de la population et des besoins des différentes régions.
Comment intéresser les jeunes à la culture?
La dernière grande portion du débat portait sur la participation culturelle, particulièrement chez les jeunes.
Caroline De Guire a insisté sur l’importance d’intervenir dès l’enfance, notamment par la lecture, les sorties scolaires et une plus grande présence des contenus québécois sur les plateformes numériques utilisées par les jeunes.
Le PLQ propose notamment de protéger les budgets pour les sorties culturelles et les bibliothèques scolaires et de soutenir davantage la découvrabilité des contenus francophones.
Sabrina Di Matteo a plutôt insisté sur l’importance de permettre aux jeunes d’expérimenter eux-mêmes la création artistique, que ce soit à l’école, dans les activités parascolaires ou dans les organismes locaux.
Pour Mathieu Trottier-Kavanagh, une partie de la réponse passe également par une plus grande place accordée à l’histoire et à la culture québécoises dans le parcours scolaire, en plus des mesures financières proposées par son parti pour faciliter l’accès aux spectacles et aux institutions culturelles.
Les conditions de travail des artistes aussi abordées
Une question du public a finalement porté sur les conditions de travail des artistes et des travailleurs culturels ainsi que sur le financement des centres d’artistes.
Les trois participants ont reconnu les difficultés financières auxquelles peuvent être confrontés les artistes et les organismes.
Québec solidaire a notamment rappelé son projet de filet social pour les travailleurs culturels, tandis que le Parti québécois a évoqué son soutien aux travaux menés sur cette question par Compétence culture.
Caroline De Guire a pour sa part indiqué vouloir attendre les recommandations du chantier sur le filet social en culture et examiner les moyens d’améliorer les conditions socio-économiques des créateurs.
Un enjeu lavallois à dix jours du vote
Dans leur mot de clôture, les trois candidats ont réitéré leur volonté de soutenir la culture, tout en mettant de l’avant des approches différentes.
Sabrina Di Matteo a insisté sur l’augmentation des enveloppes consacrées à la création et sur la nécessité d’établir une trajectoire de financement pour Laval.
Caroline De Guire a rappelé les engagements du PLQ concernant les budgets culturels, la lecture, les sorties scolaires et la découvrabilité.
Mathieu Trottier-Kavanagh a de nouveau affirmé vouloir agir comme porte-parole des demandes du milieu culturel lavallois à l’Assemblée nationale.
Culture Laval avait lancé sa plateforme électorale le 10 septembre en demandant notamment un rattrapage du financement public, une meilleure régionalisation des investissements et un accès accru à la culture.
Les électeurs seront appelés aux urnes le 5 octobre.
Note de la rédaction
Bien que Média Laval ait collaboré à la présentation du débat du 25 septembre, cette collaboration ne constitue ni un appui à la plateforme électorale de Culture Laval ni une prise de position en faveur de l’une des formations politiques participantes.
Cette collaboration s’inscrit dans la volonté de Média Laval de contribuer à la diffusion de débats d’intérêt public et de permettre aux Lavalloises et aux Lavallois de prendre connaissance des positions des différentes formations politiques sur les enjeux qui touchent leur région. Média Laval conserve son indépendance éditoriale et demeure neutre quant aux positions défendues par Culture Laval et par les candidats.