Le trouble d’accumulation compulsive : un problème de santé mentale encore méconnu

Source CATAC
Du 11 au 15 mai 2026, le Collectif d’Action pour le Trouble d’Accumulation Compulsive (CATAC) soulignait la 2e édition de la Semaine de prévention du trouble d’accumulation compulsive (TAC). Entre lundi et jeudi, le collectif a offert et diffusé trois webinaires sur le sujet du TAC, incluant des projections de films, des rencontres avec des professionnels de la santé et des témoignages de personnes affectées par ce trouble.
Au cas où vous ne seriez pas familier avec le trouble d’accumulation compulsive, dit TAC, il s’agit d’un trouble de santé mentale qui, d’après Mme Carole Dozo, porte-parole du CATAC, se caractérise par une accumulation d’objets de manière compulsive et une difficulté, voire un refus de s’en débarrasser, au point où cela entraînerait des conséquences négatives sur la qualité de vie de la personne.
Un trouble fréquent et souvent lié à des traumatismes
D’après Mme Dozo, le TAC affecterait entre 2 % et 6 % de la population. Bien que n’importe quel individu puisse être atteint du TAC, les personnes les plus affectées seraient les personnes âgées ainsi que celles qui vivent seules. Selon le Dr Pierre Rondeau, médecin généraliste en santé mentale à la retraite, 15 % à 20 % des individus vivant en centre pour personnes âgées souffrent d’un trouble d’accumulation.
Mme Dozo explique que le TAC est souvent, mais pas toujours, lié à une forme de traumatisme émotionnel, comme la violence, la précarité, la négligence ou le deuil. Le Dr Rondeau explique que cela peut aussi être héréditaire et que 50 % des personnes atteintes du TAC ont une histoire familiale liée à ce trouble.
Par exemple, dans le film Eredita (2013), réalisé par Jean-Luc Cesco, Muguette, la protagoniste, explique que son père accumulait lui aussi beaucoup d’objets inutiles. Bien qu’il ne souffrît pas nécessairement du TAC, Muguette a reproduit le même schéma paternel et, contrairement à son père, a fini par perdre le contrôle et sombrer dans la maladie. En effet, on la voit ramasser des objets laissés dans la rue, faire des achats compulsifs et, petit à petit, remplir son appartement au point où elle n’arrive même plus à y entrer. Elle justifie ce comportement en disant : « avoir plein d’objets matériels autour de moi me rassure. »
L’importance d’un accompagnement respectueux
Une des difficultés du TAC est que les gens souffrant de ce trouble ont souvent de la difficulté à admettre qu’ils sont « malades » et qu’ils ont besoin d’aide. C’était d’ailleurs le cas de Muguette, qui ne semblait pas avoir conscience du problème. Ce n’est que grâce au soutien et à l’intervention de son voisin, M. Jean-Luc Cesco, qu’elle a fini par accepter de recevoir de l’aide.
Bien qu’il soit important d’aider les personnes souffrant du TAC, il ne faut surtout pas les forcer à faire quoi que ce soit qui les rendrait malheureuses. Si elles ne veulent pas se débarrasser de leurs objets, la personne aidante n’a d’autre choix que de respecter leur décision.
Mme Élaine Saint-Amour, employée en gériatrie sociale à la Coopération de Soutien à Domicile de Laval, raconte que l’un des clients souffrant du TAC que l’organisme a tenté d’aider faisait de sévères crises de panique et se mettait dans un état lamentable chaque fois qu’ils essayaient de jeter quoi que ce soit lui appartenant. Elle explique : « Je croyais qu’on allait le faire mourir d’une crise cardiaque ou d’une syncope, donc on a dû s’arrêter là. Malgré nos bonnes intentions, on s’est rendus compte qu’on ne lui rendait pas service. Il n’était pas prêt et on devait respecter ça. »
Mme Danielle Asselin, proche aidante d’une personne souffrant du TAC, affirme « qu’il faut être patient et les laisser aller à leur rythme ». Elle ajoute aussi que « les traumatismes et le vécu de la personne peuvent l’empêcher de guérir ».
M. Alain Lalonde, lui-même atteint du TAC, confirme cela et ajoute que « c’est bien d’avoir de l’aide, mais pas trop non plus. Guérir est un cheminement qu’il faut faire soi-même. »
Des conséquences importantes sur les proches et la qualité de vie
Malheureusement, les troubles de santé mentale tels que le TAC n’affectent pas seulement un individu. Ils ont aussi un impact négatif sur les proches de la personne ainsi que sur la relation qu’ils entretiennent avec elle. En effet, les proches ressentent souvent un sentiment d’impuissance, voire d’épuisement devant le refus de l’accumulateur de se débarrasser de ses biens.
De plus, le fait de vivre avec une personne souffrant du TAC peut entraîner des risques liés à la sécurité et à la santé. L’entassement d’objets bloque souvent le passage, attire les insectes et favorise la création de moisissures et de mauvaises odeurs.
L’aspect financier est également très important. Souvent, les gens souffrant du TAC dépensent de manière tellement compulsive qu’ils risquent de se retrouver dans une situation de précarité financière. Par exemple, dans le film Eredita, Muguette finit par perdre l’électricité ainsi que l’eau chaude parce qu’elle n’a plus les moyens de payer ses factures. Sans l’aide et le soutien de M. Cesco, elle aurait bien pu se retrouver à la rue.
D’après Mme Saint-Amour, il n’est pas rare que des personnes souffrant du TAC se retrouvent sans logement. « J’ai connu plusieurs personnes qui se sont retrouvées sans logement ou qui vivaient dans leur voiture pour une durée indéterminée », explique-t-elle.
Pour finir, les personnes atteintes du TAC ainsi que leurs proches risquent de développer une certaine honte de leur environnement, ce qui entraîne généralement un isolement volontaire.
Briser les tabous grâce à la sensibilisation
Briser les tabous sur le TAC passe avant tout par l’éducation et la sensibilisation du public. Bien que cette problématique touche de nombreuses personnes, elle demeure souvent méconnue et fait encore l’objet de jugements négatifs dans la société.
Les gens ont tendance à penser que les individus souffrant du TAC manquent simplement d’hygiène, de motivation ou d’organisation, mais ne réalisent pas toujours qu’il s’agit d’un véritable problème de santé mentale. En informant davantage la population sur les causes et les conséquences de ce trouble, les intervenants ainsi que les personnes affectées par le TAC permettent au grand public de développer de l’empathie plutôt que du jugement. Une meilleure compréhension de ce trouble pourrait non seulement réduire les préjugés, mais aussi faciliter l’accès à l’aide pour les personnes qui hésitent à parler de leur situation.
Un rétablissement possible avec du soutien
Bien que le TAC soit souvent perçu comme une condition difficile, voire impossible à surmonter, un rétablissement demeure possible grâce à un traitement adapté. La guérison ne se traduit pas nécessairement par la disparition complète des comportements d’accumulation, mais plutôt par une meilleure gestion de ceux-ci et une amélioration de la qualité de vie.
Les traitements thérapeutiques, tels que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), permettent aux personnes atteintes de comprendre l’origine de leur attachement aux objets et de développer des stratégies pour réduire l’encombrement de leur espace. Le soutien de l’entourage, l’absence de jugement et un suivi à long terme par un professionnel jouent également un rôle essentiel dans le processus de rétablissement.