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Opinions

Lettre ouverte: Le Québec doit recommencer à former ses entrepreneurs de demain

Source Gracieuseté

Byanca Neveu

Le Québec de demain a besoin de ses entrepreneurs. Formons-les aujourd’hui.

En avril 2025, le gouvernement du Québec annonçait la suspension pour une durée indéterminée du programme de formation professionnelle Lancement d’une entreprise, à la suite d’irrégularités présumées dans son administration. Le dossier était alors transmis aux autorités compétentes afin que la situation soit examinée.

Cette décision pouvait se comprendre.

Lorsque des irrégularités sont soupçonnées dans l’utilisation de fonds publics ou dans l’administration d’un programme reconnu par l’État, il est essentiel d’enquêter, d’identifier les problèmes et d’apporter les correctifs nécessaires. Personne ne souhaite que des pratiques inadéquates soient tolérées au nom de la formation entrepreneuriale.

Mais une suspension qui devait permettre de faire la lumière sur une situation problématique ne devrait pas se transformer en disparition silencieuse d’un programme destiné aux futurs entrepreneurs du Québec.

Plus de 16 mois se sont écoulés et le programme demeure suspendu.

Pendant ce temps, des Québécoises et des Québécois souhaitent se lancer en affaires. Certains veulent créer leur propre emploi. D’autres ont une idée qu’ils souhaitent transformer en entreprise. Certains envisagent le travail autonome, alors que d’autres pourraient éventuellement reprendre une entreprise existante.

Ce sont nos entrepreneurs de demain.

Et ils méritent d’être formés.

Créer une entreprise demande beaucoup plus qu’une bonne idée. Il faut comprendre les finances, établir un modèle d’affaires, développer une stratégie de commercialisation, apprendre à vendre, connaître ses obligations administratives et fiscales, évaluer ses besoins de financement et être capable de prendre des décisions dans un environnement souvent incertain.

La formation ne garantit évidemment pas le succès d’une entreprise.

Mais elle permet de mieux préparer celles et ceux qui choisissent de prendre ce risque.

La situation actuelle est d’autant plus préoccupante que le Québec fait face à un important défi de relève entrepreneuriale.

En juin 2026, le gouvernement du Québec rappelait lui-même que près de 16 000 dirigeants québécois prévoyaient vendre ou transférer leurs actifs en 2026. Il annonçait également des investissements majeurs afin de favoriser le repreneuriat et de contribuer au maintien de la propriété québécoise de nos entreprises.

Cette volonté doit être saluée.

Mais elle soulève une question fondamentale :

Qui reprendra ces entreprises demain si nous cessons aujourd’hui de développer les compétences entrepreneuriales de celles et ceux qui pourraient les reprendre?

Le Québec investit dans l’innovation, la productivité, la création de richesse, le développement régional et la relève entrepreneuriale.

Tous ces objectifs reposent, directement ou indirectement, sur des entrepreneurs capables de créer, de développer et de reprendre des entreprises.

Il existe bien sûr d’autres ressources et organismes d’accompagnement entrepreneurial au Québec. Leur travail est essentiel. Mais cela ne devrait pas justifier qu’un programme de formation consacré spécifiquement au lancement d’entreprise demeure suspendu indéfiniment sans que les futurs entrepreneurs sachent ce qui le remplacera ou quand il pourra reprendre.

Nous ne demandons pas au gouvernement de fermer les yeux sur les irrégularités qui ont mené à la suspension du programme.

Nous lui demandons de les corriger.

Révisons les mécanismes de contrôle.

Renforçons la reddition de comptes.

Modifions les règles de financement si elles comportaient des failles.

Encadrons davantage les établissements ou organismes autorisés à offrir la formation.

Ajoutons des mécanismes de vérification.

Mais recommençons à former.

Les problèmes qui ont pu survenir dans l’administration du programme ne devraient pas avoir pour conséquence de priver indéfiniment une nouvelle génération d’entrepreneurs d’une possibilité de formation.

Après plus de 16 mois, il est raisonnable de demander de la transparence et surtout un plan.

Nous demandons donc au gouvernement du Québec de répondre publiquement à quatre questions :

Quel est l’état actuel du programme Lancement d’une entreprise?

Quelles conditions doivent être réunies pour permettre sa réouverture ou son remplacement?

Quel échéancier le gouvernement prévoit-il pour permettre à de nouvelles cohortes d’entrepreneurs d’accéder à une formation?

Et quelle solution est offerte, entre-temps, aux personnes qui souhaitent démarrer une entreprise et qui attendaient cette formation?

Il ne s’agit pas simplement d’un programme de formation.

Il s’agit de notre capacité collective à préparer la prochaine génération d’entrepreneurs.

Dans quelques années, nous pourrions constater les conséquences des décisions que nous prenons aujourd’hui : moins de personnes préparées à entreprendre, moins de repreneurs potentiels et des occasions de transfert d’entreprises québécoises qui pourraient être perdues.

Nous pouvons enquêter sur les erreurs du passé tout en préparant l’avenir.

Nous pouvons exiger une gestion rigoureuse des fonds publics tout en donnant aux futurs entrepreneurs les outils nécessaires pour réussir.

Ces deux objectifs ne sont pas incompatibles.

Au contraire, ils devraient aller de pair.

Le Québec de demain aura besoin d’entrepreneurs pour créer des emplois, reprendre nos entreprises, dynamiser nos régions et générer de la richesse collective.

Ne laissons pas une suspension administrative devenir un recul durable de la formation entrepreneuriale au Québec.

Le Québec de demain a besoin de ses entrepreneurs.

Formons-les aujourd’hui.

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